Île d'Yeu · Lumière & Couleurs

L'île d'Yeu au rythme des couleurs

"Papi dit qu'il 'chasse' le soleil. Quelle blague. Il sait exactement où il va être, à quelle heure, et depuis quel caillou il aura la meilleure vue. Le chasseur, il pose juste son vélo et il attend. C'est ça, soixante ans sur une île."

— Sa petite-fille

Sur le continent, on cherche le soleil. Sur l'île d'Yeu, on le reçoit.

Pas de montagne, pas d'immeuble pour voler la lumière aux autres. Juste le ciel, la mer, et cette bande de terre posée au milieu de l'Atlantique qui prend les couleurs de plein fouet, matin et soir, 365 jours par an. Ici, le soleil ne négocie pas — il arrive, il explose, il disparaît. Et si vous n'êtes pas au bon endroit au bon moment, vous avez raté quelque chose.

Moi, je rate rarement. Pas parce que je chasse — ma petite-fille exagère, comme toujours. Mais parce que je connais.

La Pointe du But — mon spot, mon rocher, mon soleil

Guy Don face au coucher de soleil depuis la Pointe du But, île d'Yeu

C'est mon rocher. Pas officiellement — personne ne m'a signé de papier — mais depuis le temps que j'y pose mes fesses au bon moment, je crois qu'il me reconnaît.

La Pointe du But, c'est l'extrémité ouest de l'île. Le soleil se couche à l'ouest. Ce n'est pas de la magie, c'est de la géographie. Mais quand les cornes de brume du phare découpent le ciel orange en silhouettes noires, et que le dernier rayon effleure la mer avant de disparaître — là, on peut parler de magie, oui.

Les cornes de brume de la Pointe du But au coucher de soleil, île d'Yeu

Les cornes de brume sont là depuis des décennies. Elles ont guidé des milliers de bateaux dans le brouillard, par tous les temps, sans jamais faillir. Le soir, quand le soleil se couche entre elles, j'ai toujours l'impression qu'elles saluent. Une dernière fois. Jusqu'à demain.

Bouée de sauvetage à la Pointe du But, île d'Yeu — Je peux sauver une vie, respectez-moi

Il y a une bouée, pas loin, avec une inscription qu'on ne lit pas assez : "Je peux sauver une vie — respectez-moi." Je n'ai jamais trouvé de meilleur résumé de ce que je pense de cette île. Elle peut tout vous donner. À condition de la respecter en retour.

Les cornes de brume du phare de la Pointe du But, île d'Yeu

Pour y aller : un vélo suffit. Vingt minutes depuis Port Joinville, la côte sauvage sur votre gauche, le vent dans la figure. Pas besoin de moteur. Arrivez avant le coucher, trouvez votre caillou. Le reste vient tout seul.

Port Joinville — quand le plan change, le port rattrape tout

Coucher de soleil depuis le môle de Port Joinville, île d'Yeu

Mon spot idéal, c'est la Pointe du But. Mais l'île est petite et tout le monde se connaît.

Parfois je pars avec un plan, et je croise quelqu'un sur le port. On parle. Le temps passe. Il est 18h30, trop tard pour pédaler jusqu'à la Pointe. Tant pis — ou plutôt, tant mieux.

Le vélo de Guy Don au phare vert de Port Joinville, île d'Yeu

Depuis le môle, direction ouest, le soleil se couche aussi. Différemment. Avec le phare vert, les blocs du môle, et les bateaux qui rentrent. Moins sauvage que la Pointe, mais plus vivant. En octobre, à 18h43 précises, la lumière fait des choses sur l'eau qu'on ne voit nulle part ailleurs.

Et après — quand le soleil est parti et que la lumière dorée traîne encore un peu sur les façades — c'est l'heure du port. Les copains sont là. Les bateaux sont rentrés. La journée se pose doucement.

Ce qui se passe ensuite ne se raconte pas. Ça se vit, au port, avec les bonnes personnes.

L'île à 360°

Ce que peu de gens comprennent avant d'être venus : sur l'île d'Yeu, vous n'avez jamais à choisir. Il suffit de changer de côté.

Pas de voiture nécessaire. Pas de parking à trouver. Juste un vélo, une direction, et le ciel qui fait le reste. En vingt minutes de pédalage, vous pouvez traverser l'île d'un coucher à l'autre — de la côte sauvage au port, de l'océan ouvert aux eaux plus calmes.

J'ai d'autres repères. Des endroits que je garde encore un peu pour moi — pas par égoïsme, juste parce qu'un secret partagé trop vite n'est plus tout à fait un secret. Je les lâcherai, à ma façon, au bon moment.

Revenez.

À venir : Les couleurs de la nuit — ce que le ciel de l'île d'Yeu réserve quand tout le monde dort.

L'île change de visage selon les saisons. Guy Don en parle mieux que personne pendant les ailes de saison.

Vous ne savez pas encore qui il est ? Commencez par là.

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